Aller au collège en milieu rural : récit de six années d’engagement à Rikou

Le Collège d’Enseignement Général (CEG) de Rikou a ouvert ses portes le 1er octobre 2014 dans le cadre du continuum éducatif, une réforme permettant aux élèves de passer de façon continue du préscolaire au post primaire en passant par le primaire. A l’image des huit établissements du continuum ouverts dans la commune de Ouahigouya, il a été créé sans aucune infrastructure. Mais grâce à la détermination de la communauté villageoise et de son premier directeur, l’établissement compte, aujourd’hui, 7 salles de classes et un bâtiment administratif. Comment est-on arrivé à cette prouesse ? Récit d’engagement d’une communauté. 

Rikou, est un village de la commune urbaine de Ouahigouya, chef-lieu de la région du Nord du Burkina Faso. Avec une population estimée à plus de 3000 âmes, y poursuivre ses études au collège après le Certificat d’étude primaire était un rêve brisé pour beaucoup d’enfants.

Issaka Ouedraogo Président Asscociation des Parents d’Elèves de Rikou

Parcourir 10 kilomètres pour se rendre à Ouahigouya, c’est ce que doivent faire quotidiennement les élèves de Rikou s’ils tiennent à poursuivre les études post-primaires (de la classe de 6ème à la classe de 3ème).  Pour les parents soucieux de l’éducation de leurs enfants, c’est également un casse-tête de devoir les laisser seuls dans une maison louée en ville ou avec un tuteur si on parvient à en trouver pour les accueillir.  « Si tu envoies ton enfant à Ouahigouya et tu veux qu’il soit seul, tu l’exposes. Même s’il est avec un tuteur, ce n’est pas aussi simple. Facilement il développe un mauvais comportement en suivant les autres enfants », déclare l’actuel président de l’Association des parents d’élèves (APE) du CEG de Rikou, Issaka Ouedraogo.

Certains enfants faisaient la navette à vélo. Ils se rendaient à Ouahigouya pour suivre les cours au CEG le matin et revenaient à Rikou le soir. Mais cette solution n’a pas prospéré non plus. Les parents, ne pouvant pas dépenser 200 FCFA par jour pour le déjeuner de chaque élève obligé de passer l’après-midi au collège, ont dû mettre fin à cette expérience malgré eux. A cause de ces réalités, « Beaucoup de nos enfants ont dû mettre fin à leurs études juste après le CEP », regrette Issaka Ouedraogo.  

De la grogne sociale à l’arrivée du continuum

Dès le début de la décennie 2010, la grogne sociale contre le système éducatif prend de l’ampleur.  Des parents d’élèves dénoncent une difficile intégration de leurs enfants dans le tissu social. En réponse à ces plaintes, le gouvernement décide, à la rentrée scolaire 2013-2014, de mettre en œuvre le continuum éducatif qui rattache le 1er cycle du secondaire à l’enseignement de base. L’objectif est de rendre le système éducatif cohérent, plus fonctionnel et adapté aux besoins de développement socio-économique et culturel du Burkina, tout en assurant une meilleure transition du primaire vers le post primaire et l’amélioration des indicateurs d’accès au post primaire.

Dans cette dynamique, le collège d’enseignement général de Rikou est créé le 14 août 2015 par l’Arrêté portant création d’établissement post-primaires d’enseignement général dans les localités du Burkina Faso. « Les infrastructures de ces établissements post-primaires d’enseignement général seront réalisées en priorité dans le domaine d’une école primaire publique à 06 classes (…) dans l’optique de la mise en œuvre du continuum éducatif », promet cet arrêté. A l’ouverture, le CEG enregistre 37 élèves pour la classe de 6e au titre de l’année 2014-2015. Mais, elle ne dispose d’aucune salle de cours pour accueillir.

Pour la 1re année, les élèves prennent les cours dans une salle empruntée à l’école primaire Rikou « A » jusqu’à la fin de l’année. A la rentrée suivante, le nombre d’élèves est plus du double de celle précédente. Le collège compte 50 élèves en 6e et 42 en 5e.. Mais aucun mur de salles de classes ne sort de terre. L’administration du collège cherche une solution au problème.  Elle prend l’initiative de mettre à contribution une instance statutaire du CEG : l’Association des parents d’élèves (APE). «Avant de partir pour les vacances scolaires nous avons expliqué clairement qu’il était difficile d’espérer avoir des salles de classes érigées par l’Etat avant la rentrée prochaine », précise le Directeur Souleymane OUEDRAOGO

L’organisation traditionnelle du village aidant le déclic naît de cette synergie. L’APE sensibilise les villageois sur la nécessité d’avoir des salles de classes et sonne la mobilisation. Avant la rentrée effective, une salle de fortune est mise à la disposition du CEG pour accueillir les élèves de la classe de 5e. La sensibilisation continue ainsi pour la 3e et la 4e année de fonctionnement du CEG en jouant sur l’esprit patriotique. “Le CEG , il est le vôtre. Nous nous sommes de passage. Mais le CEG reste dans le village. l’Etat interviendra en son temps. Mais en attendant, ce sont vos enfants que vous mettez dans de bonnes conditions. Aussi si vous restez là à attendre tout de l’Etat, il peut aussi se décider de fermer le CEG et votre calvaire reviendra encore. Vous aimez parler de la Révolution de Thomas (rire), la Révolution c’est le développement endogène” insiste le Directeur. Pour la rentrée scolaire 2016 –2017, les villageois posent la fondation de deux salles de classes. Ils achèvent la première pour accueillir les élèves de 4e. La seconde en 2017-2018. 

« Le village compte 5 quartiers. Nous avons premièrement demandé à chaque quartier, une contribution de 40 000fcfa. Après nous avons constaté que c’était insuffisant. Au finish, chaque quartier a cotisé plus de 50 000fcfa », explique le président de l’APE, Issaka OUEDRAOGO. Dans chaque quartier, un responsable a été désigné pour la motivation et la mobilisation des fonds. Le montant obtenu grâce aux cotisations a été utilisé pour l’achat du matériel. La main d’œuvre locale a été utilisée pour la confection des briques, l’approvisionnement en eau et la construction. Jusqu’en 2018, la communauté villageoise a permis au CEG d’avoir trois salles de classe. « Nos femmes et nos sœurs nous aidaient, surtout avec l’eau. Les jeunes se sont dévoués pour creuser, pétrir le banco et confectionner les briques », détaille-il. 

Directeur du CEG de Rikou

Selon le président de l’APE, tout n’est pas allé comme sur des roulettes. « Parfois, vous fixez un délai pour prendre les cotisations, mais à la date fixée, tout le monde ne répond pas. De toutes les façons, tout le monde n’avait pas son enfant au CEG. Mais l’essentiel, c’est que l’objectif est atteint », explique-t-il. « Nous étions dans la logique que le CEG doit survivre, advienne que pourra. Nous avons donné un message clair aux parents : prenez à bras le corps le CEG ; il est le vôtre ».

A la rescousse des villageois

Le 18 avril 2018, le Fonds permanent pour le développement des collectivités territoriales (FPDCT) signe un contrat de financement d’un montant total de trente-sept millions trois cent quatre-vingt-onze mille huit cent trente et un franc (37 391 831 f) cfa pour la construction de 3 salles de classes, 1 bureau, 1 magasin, et 1 bloc de latrines VIP à l’école primaire publique de Rikou « B ». Parallèlement, la Fondation Education et Coopération (Educo) offre à la même école un bâtiment de 3 salles de classes entièrement équipées. La mairie de Ouahigouya décide alors de soulager le calvaire des élèves du CEG de Rikou. Elle installe l’entreprise chargée de la réalisation des infrastructures financées par le FPDCT sur son site. « Il faut saluer le courage et l’engagement des populations. Des villageois qui luttent pour se nourrir et qui réussissent la prouesse de réaliser des salles de classe, même si c’est en matériaux locaux, vous mettez tous les moyens en votre disposition pour les accompagner » se réjouit le Maire de Ouahigouya, Basile Boureima OUEDRAOGO. Le nouveau joyau est réceptionné en octobre 2018.

Batiment APE (G) et batiment Fonds permanent (D)

Deux ans plus tard, en 2020, le ministère de l’éducation nationale et de la promotion des langues nationales réalise enfin les infrastructures du CEG, six ans après sa création en 2014. Ce sont deux blocs pédagogiques, deux salles de classes et des bureaux chacun, et un bâtiment administratif. Cependant, aucune installation électrique. Face à ce nouveau défi, les villageois se mobilisent à nouveau. « Quand j’ai informé l’APE, ils se sont mobilisés pour financer les installations électriques. Cela a coûté entre 200 000 et 300 000 FCFA », confie le directeur du CEG, Souleymane OUEDRAOGO. Aujourd’hui le CEG de Rikou compte 360 élèves : 2 classes pour chacun des niveaux 6e, 5e et 4e et une classe pour le niveau 3e

La synergie entre l’administration de l’école et l’APE a résolu l’abandon de l’école à cause de la distance à parcourir à vélo pour se rendre à Ouahigouya. De nombreux élèves poursuivent leur cursus scolaire après le post-primaire à Rikou depuis six ans maintenant. 

Dans les principes du système éducatif actuel au Burkina Faso, pour qu’un CEG soit transformé en lycée, il revient au chef d’établissement de demander l’autorisation aux autorités compétentes, par une demande motivée. Le directeur du CEG de Rikou, dit être dans les démarches administratives pour « une probable érection du CEG en lycée ». Et les salles de classe réalisées par la communauté villageoise pourront accueillir les élèves du second cycle (2nd ,1re, Tle ). 

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